Atundu qualifie le «Manifeste Esili» de «démarche insurrectionnelle»  

"Prototype" du politicien congolais opportuniste, sans convictions, prêt à adorer aujourd’hui ce qu’il immolait hier, l’ex-mobutiste André-Alain Atundu Liongo doit chaque jour prouver sa «loyauté» à l’égard du «raïs». La publication vendredi 18 août à Paris du «Manifeste du Citoyen Congolais, Esili» lui donne du grain à moudre.
Dans une interview accordée à un confrère kinois, « Athos », comme l’appelaient ses amis sous la Deuxième République, qualifie le « Manifeste du Citoyen Congolais » de «démarche insurrectionnelle». Au motif que les initiateurs exigent le départ de «Joseph Kabila» et la mise sur pied d’une 
«transition citoyenne» chargée d’organiser des élections crédibles, transparentes, ouvertes et libres.

Porte-parole du secrétariat général de l’ex-majorité présidentielle (MP), Atundu se dit «gêné» de voir des Congolais traiter «les problèmes de leur pays à l’extérieur». Sur un ton faussement nationaliste, il lâche : «Cela n’honore pas la mémoire de Lumumba ». Et d’ajouter sans ciller : «Les questions qui concernent le Congo, doivent se traiter dans le pays. En dehors du pays, ça devient une démarche insurrectionnelle».

On devrait peut-être rappeler à Atundu l’arrestation le 15 mars 2015 de plusieurs jeunes congolais des mouvements citoyens « Filimbi » et « Lucha ». Leur « crime » est d’avoir organisé une rencontre pacifique à Kinshasa. Invités, des activistes sénégalais et burkinabé des groupes de pression « Y’en a marre » et « Balai citoyen » furent expulsés après quelques jours passés dans un cachot de l’Agence nationale de renseignements (ANR). 

L’ancien officier de renseignements - qui est tout sauf un ignare - feint d’ignorer que "la liberté des réunions pacifiques et sans armes" consacrée dans l’article 25 de la Constitution est « prohibée » au « Congo libéré », sauf pour les membres de la mouvance kabiliste. Le 31 juillet dernier, la force publique a démontré son « professionnalisme » en lançant plusieurs grenades lacrymogènes sur des paisibles manifestants. Plusieurs arrestations ont eu lieu. 

A Lubumbashi, le défenseur des droits humains Timothée Mbuya et des militants de la « Lucha » sont encore détenus dans la prison de Kasapa. Ils attendent toujours d’être présentés devant un officier du ministère public. Que dire de l’opposant Gabriel Kyungu wa Kumwanza qui est quasiment assigné à résidence ? Les Congolais se réunissent à l’étranger pour parler de leur pays plus par nécessité que par choix.

A Paris, les signataires du « Manifeste du Citoyen Congolais » sont partis d’un constat : l’impossibilité de la tenue des élections équitables, libres et transparentes tant que «Joseph Kabila» sera à la tête de l’Etat. A travers les « concertations nationales » et autre dialogue, le successeur de Mzee – dont le second et dernier mandat a expiré le 19 décembre 2016 - ne cesse de multiplier des stratagèmes pour s’accrocher au pouvoir.

Opportuniste

Qui est André-Alain Atundu Liongo ? 

Officier de renseignements sous Mobutu Sese Seko, l’homme a été diplomate à Bruxelles et à Paris avant de diriger à la fin des années 80, l’ambassade du Zaïre à Kigali. «Athos» a par ailleurs été Délégué général adjoint à la Gécamines exploitation et PDG de la Gécamines commerciales.

Après la chute de la Deuxième République, il réapparait en 2004 à la tête d’un minuscule parti de l’opposition dénommé « Convention démocratique et la République » (CDR). 

En février 2005, Atundu est arrêté sur ordre de "Joseph Kabila". Il est accusé d’«atteinte à la sécurité de l’Etat» et d’«outrage au gouvernement de transition ». Et ce, pour avoir - lors d’une manifestation estudiantine - invité la population à exiger la dissolution des institutions de la transition et dénoncé l’incapacité du « gouvernement 1+4 » à faire face aux soldats fidèles à Jules Mutebusi et Laurent Nkunda lors de la prise de Bukavu.

Des médias – c’est le cas notamment de Congo Indépendant – et des organisations de défense des droits élevèrent la voix pour exiger la libération de l’opposant. 

Libéré, Atundu annonce sa candidature à l’élection présidentielle de 2006. Au mois d’avril, il se retire et rejoint la Codeco (Coalition des démocrates congolais), une plateforme qui soutient le candidat Pierre Pay Pay wa Syakasighe. 

Après le premier tour de la présidentielle en juillet, on assiste à un coup de théâtre. André-Alain Atundu décide de soutenir «Joseph Kabila» contre Jean-Pierre Bemba au second tour. Il rejoint ainsi l’alliance de la majorité présidentielle. Opportunisme ? Convergence programmatique ? 

Dans l’interview précitée, Atundu qui est promu récemment président du conseil d’administration de la SNEL (Electricité), soutient que «le départ du président Kabila ne pourra s’obtenir que par les urnes. Donc s’il faut que le président Kabila quitte, il doit y avoir des élections ». Questions : n’est-ce pas un beau compliment qu’un tyranneau qualifie une résistance citoyenne à la dérive dictatoriale de «démarche insurrectionnelle» ? Devrait-on désormais inclure l’ex-opposant Atundu Liongo dans cette « minorité de concitoyens » qui, selon les évêques de la Cenco, « a décidé de prendre en otage la vie des millions de Congolais » ?

(  CongoIndependant , via www.congosynthese.com)


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